Willys Quad (1940)

Willys Quad (1940) : le prototype qui a mis Willys sur la route de la Jeep

Avant d’être une marque, la Jeep a été une commande militaire écrite dans l’urgence. À l’été 1940, l’armée américaine cherche un petit véhicule de reconnaissance à quatre roues motrices, et trois constructeurs vont se disputer le marché. Le Willys Quad est la copie rendue par Willys-Overland : un prototype livré à la mi-novembre 1940, jamais produit en série, mais équipé d’un moteur qui allait faire basculer toute l’histoire.

Willys Quad, prototype de la Jeep, avec trois soldats à bord dans la neige
Année1940
ConstructeurWillys-Overland, Toledo (Ohio)
Production2 prototypes
Moteur4 cylindres Go Devil, 60 ch

Un cahier des charges presque impossible

En juillet 1940, alors que la guerre fait rage en Europe, l’US Army adresse à 135 constructeurs américains le cahier des charges d’un véhicule d’un quart de tonne. La liste tient en quelques lignes mais elle est redoutable : quatre roues motrices avec boîte de transfert à deux gammes, trois places, un pare-brise rabattable, un empattement limité à 75 pouces (porté ensuite à 80, soit environ 2 mètres) et surtout un poids à vide d’environ 1 300 livres, à peine 590 kg. Les candidats ont onze jours pour répondre, puis 49 jours pour livrer un prototype roulant.

Au départ, seuls American Bantam et Willys-Overland se manifestent. Willys propose le prix le plus bas, mais annonce un délai de fabrication plus long et se retrouve pénalisé. C’est donc la petite firme de Butler, en Pennsylvanie, qui décroche le premier contrat et livre son prototype à Camp Holabird, dans le Maryland, le 23 septembre 1940.

Willys persiste et construit le Quad à ses frais

Willys ne lâche pas l’affaire pour autant. L’armée, qui estime que les plans soumis lui appartiennent, transmet même les dessins du Bantam à Willys et à Ford, et invite leurs ingénieurs à suivre les essais. Sous la direction de Delmar « Barney » Roos, patron de l’ingénierie chez Willys, le prototype Willys Quad reprend l’architecture générale du Bantam et ses organes Spicer, ponts et boîte de transfert. Son nom fait écho au camion Jeffery Quad, un 4×4 que l’armée américaine avait utilisé pendant la Première Guerre mondiale.

Deux exemplaires sont construits, dont un doté de quatre roues directrices. Ils arrivent à Camp Holabird à la mi-novembre 1940, une dizaine de jours avant le Ford Pygmy, le troisième candidat.

Willys Quad 1940 vu de trois quarts avant, prototype Jeep livré à Camp Holabird
Le Willys Quad pilote en 1940, lors de sa présentation à l’armée. Photo U.S. Army, domaine public.

Le moteur Go Devil, l’atout maître

Face à ses rivaux, le Quad se distingue tout de suite par son moteur. Là où le Bantam utilise un Continental de 45 ch et où Ford doit se contenter d’un bloc dérivé de ses tracteurs, Willys installe son quatre cylindres de 2,2 litres, surnommé Go Devil. Barney Roos l’a retravaillé pendant des années pour le faire passer d’une quarantaine de chevaux à 60 ch bruts, et les soldats qui l’essaient apprécient énormément ce surplus de vigueur dans un engin aussi léger.

Le revers de la médaille, c’est le poids. Comme ses concurrents, le Quad dépasse nettement la limite fixée par l’armée, qui finira d’ailleurs par la relever. Pour la suite, Willys devra quand même alléger sa copie d’environ 240 livres, soit une centaine de kilos.

Les versions marquantes du Willys Quad

Avec seulement deux prototypes, la gamme tient en trois lignes, mais chacune a son intérêt :

  • Quad à deux roues directrices : la configuration classique, celle qui servira de base au futur MA.
  • Quad à quatre roues directrices : une piste explorée pour gagner en maniabilité, qui ne sera pas retenue sur les modèles de série.
  • Quad reconstruit : les archives photographiques de l’armée montrent au moins un Quad remis à niveau par la suite, avec notamment un pare-brise de MB.

Le jour où la Jeep a trouvé son nom

C’est aussi à l’époque du Quad que le mot Jeep entre dans le langage courant. En février 1941, Willys organise une démonstration à Washington et fait grimper l’un de ses véhicules d’essai sur les marches du Capitole. Le pilote d’essai Irving « Red » Hausmann, qui avait entendu les soldats de Camp Holabird employer le terme, répond à une journaliste du Washington Daily News qui l’interroge sur l’engin : « It’s a Jeep ». L’article, publié le 20 février 1941 avec photo à l’appui, passe pour l’un des premiers à populariser le nom auprès du grand public.

Du Quad au Willys MA

Après les essais, l’armée juge les trois prototypes acceptables et commande 1 500 exemplaires de présérie à chaque constructeur. Chez Willys, le Quad passe au régime, reçoit une foule de modifications de détail et change de nom : il devient le Willys MA, pour « Military, model A ». Son moteur Go Devil, lui, fera toute la carrière de la Jeep militaire pendant la guerre, puis celle des premières Jeep civiles.

Pourquoi le Quad compte encore

Le Willys Quad n’a jamais roulé au front, mais sans lui, pas de MB, pas de CJ et pas de Wrangler. C’est le moment où Willys entre dans la course et où son moteur fait la différence face à Bantam et Ford. Si les premières Jeep vous passionnent, jetez un œil à notre sélection de Jeep vintage et retrouvez toute la chronologie dans notre grande histoire de la marque Jeep. Et si vous avez une ancienne à remettre en forme, l’atelier BumperOffroad est là pour en parler.

Sources : Wikipédia, Willys MB et Jeep, l’histoire des années 1940. Photos : U.S. Army, domaine public, via Wikimedia Commons.